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Le réchauffement global affecte la faune et la flore des Etats-Unis
LE MONDE | 13.11.04 | 16h15

Alors que la réélection de George Bush augure mal, c'est un euphémisme, de l'engagement des Etats-Unis dans la lutte contre l'effet de serre - le locataire de la Maison Blanche a rejeté, en mars 2001, le protocole de Kyoto -, un rapport du Pew Center on Global Climate Change d'Arlington (Virginie) donne du grain à moudre aux écologistes et à ceux des scientifiques qui pressent l'administration américaine, jusqu'ici en vain, de revoir sa position. Il met en effet en évidence que la faune et la flore nord-américaines sont d'ores et déjà affectées par le réchauffement. Et il souligne que ces perturbations risquent de s'amplifier.

Ce rapport, signé de Camille Parmesan (université de Texas-Austin) et de Hector Galbraith (université de Colorado-Boulder), synthétise les résultats d'une quarantaine d'études sur les "impacts observés" du changement climatique, au cours des vingt à cent dernières années, sur un large échantillon d'espèces animales et végétales de différentes régions des Etats-Unis. Plus de la moitié d'entre elles font apparaître "un lien direct" entre le changement climatique et des modifications des écosystèmes. "Il existe aujourd'hui suffisamment d'études pour conclure que les conséquences du changement climatique sont déjà perceptibles dans les écosystèmes américains", estiment les auteurs.

RESTER EN PHASE

Premier effet visible : les modifications de période de floraison de certaines plantes et de reproduction de certains animaux. Entre 1971 et 1998, la saison de reproduction du geai du Mexique (Aphelocoma ultramarina), étudié dans les montagnes du sud de l'Arizona, a ainsi été avancée d'une dizaine de jours, en corrélation avec la hausse des températures printanières.

Certaines espèces s'accommodent de ce décalage. Certains papillons prennent leur envol deux semaines plus tôt que par le passé, au moment précis où les fleurs qu'ils butinent s'épanouissent, elles aussi, précocement. Mais d'autres lépidoptères, qui ne sont plus en phase avec les plantes dont ils dépendent, pourraient voir "leur population décliner".

Autre conséquence : le déplacement vers le nord de l'aire de répartition de certaines espèces. C'est le cas d'un petit papillon aux ailes marbrées d'orange et de noir, l'Euphydryas editha, qui a disparu du sud-ouest des Etats-Unis. Cette migration s'accompagne parfois d'une compétition territoriale. Le renard roux (Vulpes vulpes), en poussant vers les latitudes nordiques, menace désormais le renard arctique (Alopex lagopus), plus petit et moins agressif que son rival, avec lequel de récentes études laissent penser qu'il ne peut coexister.

De telles modifications de frontières ont été observées, au cours des dernières décennies, pour diverses espèces d'oiseaux, de mammifères, d'invertébrés, ainsi que de végétaux, ce qui "menace potentiellement"la biodiversité du continent nord-américain, met en garde le rapport.

Celui-ci pointe encore le danger d'une altération de grande ampleur du cycle du carbone atmosphérique. La toundra de l'Alaska, où la température moyenne a augmenté de 2 °C à 4 °C depuis cinquante ans, relâche désormais davantage de dioxyde de carbone qu'elle n'en stocke, la fonte des glaces ayant pour effet de favoriser la décomposition de la matière végétale.

"Les écosystèmes réagissent déjà au réchauffement. Et ce n'est que le début, souligne Eileen Claussen, président du Pew Center on Global Climate Change. Avec le réchauffement prévu pour ce siècle, de deux à dix fois supérieur à celui du siècle passé, nous allons vers une rupture fondamentale et peut-être irréversible."

Pierre Le Hir

"Observed Impacts of Global Climate Change", rapport du Pew Center on Global Climate Change, novembre 2004 (http://www.pewclimate.org/).

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.11.04







  







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