Comme la majorité d'entre nous, j'entends cycliquement parler d'écologie, de pollution
ou d'autres sujets approchant. Comme la majorité d'entre nous, j'oubliais ces informations
après les avoir commentées quelques temps. En définitive, parler de la dernière
catastrophe, qui a tué quelques milliers de personnes, ou de la dernière débilité
inventée pour faire de l'audience, amène au même résultat : ma vie n'en était pas
modifiée...
Il aura fallut la conjonction de 2 événements bien spécifiques pour que la peur me
prenne : la création de ce site, qui m'entraîna dans un travail rédactionnel qui ne m'est
pas famillié, et la canicule de l'été 2003, qui m'obligea à me documenter sur ce
que l'on appelle l'effet de serre.
Ma première angoisse est apparue quand j'ai lu un article du CNRS
[
"Vos questions sur le climat"] dans lequel
j'apprenais que le réchauffement de la planète n'était pas une vue
de l'esprit. Ce n'est même pas une hypothèse, c'est un fait avéré !
Si cette information ne vous fait pas frémir, c'est que vous n'en avez pas compris la portée.
Vous vous imaginez encore que ce phénomène est contrôlable, et que, du haut de sa toute puissance,
la Science (à laquelle vous assimilez forcément notre société) va résoudre le
problème. Or, si vous prenez la peine d'aller lire l'article, vous verrez que le contraire est déjà
prouvé : même si, à partir de l'instant présent, nous arrêtions tout rejet de
CO2 dans l'atmosphère, la température continuera d'augmenter pendant 50 ou 100 ans (le temps que
le gaz carbonique en surplus soit assimilé par les plantes).
Nous sommes donc, d'ores et déjà, dans la même configuration que le marin tombé
à la mer et qui voit s'éloigner le paquebot. Il sait que, même
si le commandant fait mettre "les machines en arrières" immédiatement,
l'inertie du bateau est telle qu'il faudra des heures avant qu'il ne parvienne à faire demi-tour !
Mais un problème vient rarement seul, ce qui n'apaise pas mes craintes ! Dans la même
période de temps, où nous devrons faire face aux désastres écologiques, nous devrons
aussi pallier à la déficience de nos réserves énergétiques :
nos réserves pétrolières sont estimées à 40 ans de consommation ! Que deviendra
notre toute puissance industrielle sans carburant ? Comment ferons-nous face aux désordres climatiques, et
aux catastrophes qui en découleront, sans énergie ?
Nous voilà donc dans l'eau, à regarder s'éloigner le paquebot, tout en nous
rendant compte que notre technologie s'émiette ! Plus de canot auto-gonflant, plus de nourriture
lyophilisée, plus de fusées de détresse. D'ici que le bateau coule...
Et nous ne pourrons même pas laisser nos enfants se débattrent
avec ces périls, car ceux-ci n'attendront pas les nouvelles générations !
L'équilibre est déjà rompu, et chaque kilogramme de gaz à effet de serre supplémentaire
fait pencher la balance du mauvais côté. Quand on connaît l'inertie des phénomènes
qui sont en jeu, il est suicidaire de ne pas réagir tout de suite, ce que j'essaye
de faire dans mon quotidien et au travers de ce dossier.
Même si je suis souvent désespéré par le peu de porté de ma démarche, je ne peux
pas contredire cette maxime que l'on attribut à Confucius :
"Plutôt que de maudire les ténèbres,
allumons une chandelle, si petite soit-elle."
TM.
Épilogue ou épitaphe ?
Le cerveau humain possède des capacités étonnantes, à commencer par son aptitude à
héberger en son sein 2 activités aussi différentes que la fonction cognitive (qui concerne
l'intelligence, la réflexion) et la fonction émotive (les émotions, les processus
affectifs). Il faut dire que seules les espèces suffisamment évoluées ont réussi à
développer une organisation aussi complexe, dans laquelle le plus petit déséquilibre
est synonyme de dérive.
Et tous nos actes sont un subtil mélange de cognitif et d'émotif. Le choix de
nos vêtements, par exemple, ou celui d'un itinéraire. On pourrait estimer,
grossièrement, que nos émotions sont utiles pour certaines de nos actions physiques,
alors qu'elles sont superflues, voir nuisibles, pour un "bon" raisonnement. Prenons
l'exemple le plus extrême : notre mort. Au moment où nous sommes directement en danger,
il y a fort à parier que notre réaction sera instinctive, alors que si nous avons une
échéance, nous essayerons de faire intervenir notre réflexion.
Il est évident que l'espèce humaine doit sa supériorité à ses fonctions cognitives,
mais celles-ci ne doivent pas nous contrôler en permanence, sinon les déviances mentales
ne sont pas loin. Pour continuer avec notre exemple sur la mort, il est clair que
chacun "sait" qu'il va mourir. Or, il semble certain que, si nous étions capable de
construire un être purement cérébral, dont le seul but est de survivre, et qu'on lui
inculque la notion inéluctable de sa mort, cela entraînerait en lui des dysfonctionnements
majeurs ! Notre cerveau possède donc des mécanismes de protections, qui inhibent
certaines de nos préoccupations, en fonction de critères encore parfois obscures !
Il en est un qui est pourtant connu: l'urgence.
Naturellement, l'urgence possède aussi ses critères pondérateurs, mais on peut
estimer que ceux que nous listons ci-dessous sont prioritaires :
- - relation directe avec l'espérance de vie de l'individu,
- - relation directe avec l'espérance de vie de ses descendants,
- - besoin d'une réaction immédiate.
Malheureusement, si des conséquences personnelles ne sont pas immédiatement perceptibles,
il apparaît que nous sommes nombreux à ne pas vouloir enclencher le processus de
réflexion (surtout si nous pensons que son résultat va remettre en cause notre mode de vie).
L'exemple le plus frappant concerne le tabac. Cela fait des années que la conscience
populaire sait que le tabac est nocif, mais nous avons été nombreux à ne pas en tenir
compte. Même de nos jours, où l'on vend ce produit en indiquant clairement qu'il est
mortel, il continu a être consommé.
Prenons maintenant un autre exemple : le dérèglement climatique.
Bien que celui-ci ne soit pas sur la place publique depuis aussi longtemps, il
est certain que ce phénomène est beaucoup plus dangereux, puisqu'il ne concerne pas
seulement une personne, mais aussi ses descendants. Qui plus est, comme pour le tabagisme
passif, nous sommes affectés par le dérèglement même si nous n'y participons pas !
Malheureusement, ici aussi d'innombrables barrières se dressent dès que l'on aborde
le sujet. Pourquoi suis-je écouté lorsque je fais le lien entre les enfants et la
sécurité routière, alors qu'on refuse la discussion si je parle des dérives du climat.
La première cause provient certainement de l'ignorance du grand public vis à vis de ce
phénomène, mais elle n'explique pas le rejet persistant de la réflexion, quand des
arguments majeurs ont été fourni.
À mon humble avis, la raison provient tout simplement de notre instinct grégaire.
Dis un peu plus crûment, nous réagissons comme le mouton de Panurge. Or, le moins que
l'on puisse dire, c'est que le groupe que forme notre société se refuse toujours à
regarder le problème en face, ce contentant purement et simplement de l'ignorer.
Du coup, nous avons bouclé la boucle. L'individu se refuse à s'inquiéter du problème,
parce que la société n'en parle pas. De son côté, la société, qui n'est que le reflet
de ses membres, fait l'impasse sur le sujet...
En temps normal, nous pourrions nous contenter du même schéma que celui du tabac.
Au début, l'indifférence règne (certains appellent ça "le libre arbitre"), puis des
individus commencent à réagir face à la société en attaquant l'État, le rendant responsable
de leur condition. Ensuite, après ce que l'on pourrait appeler un "débat de société",
les règles évoluent.
Malheureusement, dans le cas du dérèglement climatique, le temps nous manque.
Quand on regarde les transformations déjà visibles, alors qu'elles ne sont que le
résultat de 100 ans de croissance des pays dits "industrialisés", et que l'on sait qu'avec
l'émergence des pays comme l'Inde et la Chine, l'augmentation des rejets de CO2 est
estimé à 39% d'ici 2010, il y a de quoi prendre peur !
[Le méthane, dont la production augmente avec l'élevage intensif, est 23 fois plus
dangereux que le dioxyde de carbone (à quantité égale, et par rapport à l'effet de serre).
Espérons que les quelques milliards d'individus des pays émergeants n'adopterons pas
notre régime alimentaire !]
Cerise sur le gâteau, nous n'avons, à l'heure actuelle, aucun moyen d'éliminer
les gaz à effet de serre de l'atmosphère. Comme, toujours à l'heure actuelle, nous
saturons déjà (du double !) les cycles naturels d'absorptions, toute augmentation va
immédiatement dans la "réserve", ce qui agit, non moins immédiatement, sur le phénomène.
Or, il est prévu que la planète elle-même va se mettre de la partie. Par exemple, quand
les terres de l'Alaska, de la Sibérie et du Grand Nord Canadien auront totalement dégelé (ce qui est en cours), des marécages
vont apparaître et se mettre à dégager du méthane...
Comme on le voit, les prévisions ne sont pas réjouissantes, mais que risquons-nous dans l'immédiat ?
Si l'on se réfère aux informations collectées par Météo-France pour 2003,
les sécheresses suivies d'incendies dévastateurs ont fait rages dans certaines régions
(comme le Montana, Californie, ...), alors que d'autres (Mozambique, Pakistan, Colombie, ...)
ont subi pluies torrentielles ou coulées de boues. Ici non plus, nous ne sommes pas
épargnés (tempêtes 1999, canicule 2003, inondations...), même si notre richesse permet
de panser rapidement nos blessures. Malheureusement, ces phénomènes ne peuvent qu'empirer,
détruisant nos constructions et perturbant nos cultures.
D'une manière plus insidieuse, le déplacement des aires climatiques amène avec elles
des maladies pour lesquelles les indigènes ne sont pas immunisés. C'est le cas des ovins
corses, que nous devons maintenant vacciner contre un mal tropical : la fièvre catarrhale,
dite maladie de la langue bleue...
Pas besoin d'avoir fait des études approfondies pour comprendre, à partir de ces
quelques exemples, que l'amplification et la généralisation de ces bouleversements
risquent rapidement d'entraîner des phénomènes induits, comme les déplacements de
population et les famines. À ce stade, les guerres ne sont jamais très loin...
Évidemment, il est impossible de donner des dates, mais il est sûr que nous connaîtrons
ces événements, puisque ceux-ci ont déjà commencé ! Notre seule chance est donc d'intervenir
rapidement et massivement, ce qui ne peut se faire que si le combat contre les gaz à effet
de serre devient un phénomène de société.
Or, comme nous l'avons vu tout à l'heure, l'individu attend la société, et la
société attend l'individu. La situation paraît donc sans espoir, et les années
s'égraineront doucement, dans l'indifférence générale, jusqu'à ce qu'il soit trop tard.
Bien que ce scénario soit fort probable, je le combattrai tant que je le pourrai,
puisque j'estime que je dois bien cela à mes enfants. Mais je n'ai quand même pas
perdu espoir, car je suis sûr que l'on sous-estime l'importance du consommateur.
Si les associations de consommateurs américaines ont réussi à faire reculer la société Nike,
qui a la mauvaise habitude de payer fort grassement ses vedettes tout en exploitant
au maximum les enfants du tiers-monde, il n'y a pas de raison que nous n'arrivions
pas à influer sur le commerce mondial en modifiant notre comportement d'achat !
Le tout, c'est de pas être seul...
TM.